Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA LISEUSE DE VILLAMAGNA

LA LISEUSE DE VILLAMAGNA

Littérature, Cinema, coups de gueule ou de coeur

Publié le par Gabriella
LUI  ET  MOI

Il fait partie de ceux qui veulent tout maîtriser : leur destin et celui de ceux qui l'entourent. Il est de ceux qui ne supportent aucunement un autre avis que le sien. Il décide, on s'incline ainsi est sa loi.

Physiquement costaud, j'ai cependant vite décelé sa fragilité. Ses éclats de voix et ses regards furieux épuisent les bonnes volontés mais je le connais bien, c'est sa façon à lui de rester debout. Difficile à cerner cette personnalité contradictoire. Il aboie souvent sur plus faible que lui, peut-être pour faire taire ses propres peurs. Craintes provenant d'une existence bien souvent trop lourde pour lui ?

Né avant-guerre, il a vécu dans une famille où même la pauvreté n'avait pas de nom. Manger devenait une obsession et travailler n'apportait pas le pain quotidien. Sa mère (1.47 m - 40 kgs) s'épuisait du matin au soir. Les enfants, une fois venus au monde, se débrouillaient. A chacun sa peine.... Ils se sont aperçus qu'ils avaient un prénom par hasard. Un anniversaire ? Ils ignoraient même leur jour de naissance.

Pendant la guerre, un soir où les avions arrivaient, il avait environ 9 ans et sa mère l'avait envoyé dans le champ voisin rentrer les moutons qui paissaient. Lorsqu'il y eut trop de bombardements, il s'est simplement allongé sur le sol pour se protéger en attendant que s'éloigne le danger. De retour, quand sa mère l'a vu, elle lui a demandé si toutes les bêtes y étaient. Oui, le compte était bon mais de lui aucune question : ses frayeurs, ses blessures ? Les enfants on en refait, les bêtes ca coute alors l'amour qui en a entendu parler un jour ? Pas lui. Il raconte souvent cette soirée de fête où n'ayant qu'une paire de chaussures pour les 2 frères, il était celui qui attendait que rentre l'aîné pour pouvoir lui-même y aller chaussé sinon c'était pieds nus qu'il irait danser. L'essentiel n 'est pas là mais à force de ne pas être reconnu, on finit par ne plus savoir si on existe.

Peut-être est-ce pour cela que la communication entre lui et moi était si difficile; Seulement des cris. Je n'étais pas celle qui voulait s'incliner. Nous avons pourtant vécu côte à côte près de 20 ans.

Il connaît le nom des plantes, comment on fait pousser les légumes avec la lune croissante et est, comme moi, partisan de la protection de la terre. Il creuse des puits car il sait où se trouve l'eau. Sa vigne, pourtant plantée au Nord, donne un vin au goût de framboise. Peut-être parfois a-t-il été fier de moi ? Peut-être parfois l'émotion a étouffé un mot tendre ? Je l'ignore.

Sa fierté et sa pudeur l'ont empêché de me dire qu'il écrivait un livre. Lorsque j'ai demandé à le lire, j'ai été surprise : histoire d'amour d'un couple stérile adoptant dans un orphelinat. Etonnant pour un enfant de famille nombreuse... Lui qui a fréquenté l'école pendant 3 ans, juste un peu le soir après les travaux de la ferme, écrit de façon pointilleuse, chaque détail est formulé. Pas d'orthographe ni ponctuation mais qu'importe... Lorsqu'il a vu mon blog, il a souri et demandé si ça "rapportait". Oui, ca rapporte mais pas comme il l'entend.

Nous ne nous comprendrons jamais ni aujourd'hui, ni demain. Est-ce important ? J'aimerais seulement être en paix avec mon père à l'aube de sa vieillesse.

Commenter cet article

Philippe 01/11/2013 13:13

Très joli texte,… et peut-être dur comme l’intéressé. Cela me renvoie à mon propre père d’une personnalité très marquée aussi. Mais je n’ai pas encore les mots …

Gabriella 01/11/2013 14:31

Merci pr le passage sur le blog. Les mots me sont venus d un coup, d un jet, sorti de moi et mm malgré moi, dommage qu il ne le lise pas. On aimerait parfois un peu de douceur dans cette atmosphère, c est pas gd chose et ca simplifie la vie

Delphine 14/10/2013 15:29

Ahh ! ! ! Je me retrouve encore une fois dans ce magnifique texte.
J'ai l'impression que tu l'as écrit pour mon grand-père et moi :)
Merci Gaby

Gabriella 14/10/2013 15:33

Malheureusement , moi c est mon père et avoir une personne qui ne donne aucun amour dans l existence, c est dur à vivre . Même avec ses petits-enfants il est ainsi, pas de sensibilité apparente, dommage pour lui , pour nous.......

Francesco 13/10/2013 21:14

Très beau texte!

Gabriella 14/10/2013 11:38

Merci à toi d avoir apprécié et pris le temps de me lire !

Marie Da Cruz 13/10/2013 15:20

Bonjour,
Très jolie découverte de votre blog sur Google + ! Votre texte est magnifique. J'aime beaucoup ! Les pages de monblogestunroman.com vous sont ouvertes, si vous souhaitez y publier quelque chose ! Bien à vous.

Gabriella 13/10/2013 16:19

Bonjour, J ai découvert également votre blog que j aime déjà bp et c est sincère, j y ai laissé quelques commentaires mais je pressens que tous vos articles me parlent. Nous avons toutes deux de la lecture et de l écriture pour les jours qui suivent, à bientôt donc !

LA LISEUSE DE VILLAMAGNA

Littérature, Cinema, coups de gueule ou de coeur

Articles récents

Hébergé par Overblog