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LA LISEUSE DE VILLAMAGNA

LA LISEUSE DE VILLAMAGNA

Littérature, Cinema, coups de gueule ou de coeur

Publié le par Gabriella
Est-ce que tu sais Paris ?

Moi, je n'ai pas su écrire les mots justes ce jour-là pour décrire l'horreur qui envahit encore ce monde, toujours encore une fois de trop. Notre monde à nous, notre intérieur qui sombre et qui frémit très fort lorsque la violence est incompréhensible. J'aurais pu dire tant de kilomètres de mots et aussi un torrent d'autres. Mais, je n'ai rien écrit. Nous continuons à vivre comme avant enfin presque, nous refusons l'enfermement. Antigone XXI (Ophélie) a publié sur son blog ce joli texte : le voici...

"Il s’appelait Mathias, elle s’appelait Marie.

Qu’est-ce qu’ils avaient en tête ce soir-là, quand les premiers coups ont éclaté, quand ils ont compris que les bruits ne faisaient pas partie du spectacle, quand les premiers rideaux se sont teintés ?

Est-ce qu’ils sont tombés d’un coup ? Est-ce qu’ils ont vu les hommes arriver ?

Est-ce qu’il t’a prise dans ses bras quand tu as hurlé ? Est-ce qu’elle t’a attrapé la main, est-ce qu’il t’a empoignée ? Est-ce qu’elle savait, l’éclat de joie, les sauts, les fous rires et les baisers, quand elle a reçu les billets ? Est-ce qu’il savait, le rythme, les bonds, la gaieté et les bougies soufflées, la chanson à peine entonnée ? Est-ce qu’elle pleurait, les premières notes, les premiers coups, les derniers cris, la dernière vie ? Est-ce qu’il lui a dit, vite, je t’aime, si tu savais, vite, partons, fuyons, vite, vole, prends-moi, embrasse-moi, serre-moi fort, ne me lâche pas ?

Est-ce qu’elle a ri, ce vendredi, tapoté la table de ses doigts excités, coché le jour sur le calendrier, s’est pris les pieds dans les câbles qui traînaient, s’est maquillée ? Est-ce qu’il a senti, ce vendredi, le vent plus frais, le blouson qu’il relève, la casquette qu’on abaisse, les pas qui se précipitent, viens, on va être en retard, c’est l’heure, viens, ça va être tellement bien, tu verras ? Est-ce qu’elle l’a entendu tomber, l’a entendu rouler, l’a tenu dans ses bras, a baisé son visage froid ? Est-ce qu’il l’a vue courir, l’a vue partir, a palpé sa faille, fleuré son sang, glissé le long de ses bras ?

Est-ce qu’ils se sont écroulés ensemble, vite, viens, c’est l’heure, on ne sent rien, si tu savais, l’a étreinte, l’a caressé, vite, ça va être tellement bien tu verras vite je t’aime embrasse-moi serre-moi et ne me lâche pas ne me lâche pas ? Est-ce qu’ils ont vu, le petit gars à lunettes, les cheveux courts, les lèvres rouges, la fille en cuir, la boucle à l’oreille, les longues mèches, le sourire qui glisse, le grand en noir, le nez trop fort, la fine cicatrice, les taches de rousseurs, la petite blonde guillerette, les mains qui tapent, les langues qui claquent, la sueur au front, ces rires qui montent au plafond ?

Est-ce qu’ils ont su, est-ce qu’ils ont vu, est-ce qu’ils se sont tous embrassés, est-ce qu’ils sont tous tombés, est-ce qu’ils sont tous partis, vite, vite, le rythme, les hommes, les balles, est-ce qu’ils ont su, est-ce qu’ils ont vu, le noir, la peur, les cris, vite, vite, pars avec moi, ne me quitte pas, vite, vite, ça va être tellement bien tu verras ?

Et toi est-ce que tu sais Paris quand tu pleures quand tu geins quand tu roules à terre quand ton visage craquèle quand tu trembles quand tes lèvres tanguent quand tu cries quand tu chancèles quand tes ponts vacillent quand tes feux se terrent quand tes cafés éclatent quand les balles claquent quand tes rues sifflent quand tes pavés grincent quand les heurts riflent quand tes mômes tombent quand les bougies s’allument quand tu te relèves quand tes arbres se dressent quand tes gens se hissent quand tes teintes se lèvent quand ton peuple fier gueule quand tes voiles prennent le large quand tu ne coules pas quand tu vis est-ce que tu sais Paris quand quand est-ce que tu sais que tu es belle quand Paris est-ce que tu sais que tu es belle quand tu aimes quand tu résistes quand tu chantes quand tu existes ?"

Une pensée aux victimes et aux familles des terroristes qui, eux-aussi, doivent vivre l'atroce réalité.

*

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